Épicerie au village

Le projet d’une épicerie au centre village est d’actualité depuis un certain temps, pour être clair, je n’y suis pas favorable et voici pourquoi : 

Il y a quelques années, il existait une épicerie au village, elle a fermé sans que je connaisse les détails, mais si ce commerce fonctionnait bien, il aurait été vendu par son propriétaire.

Un des précédents boulangers avait conclu un partenariat avec Intermarché et il avait créé un point Relais Mousquetaire. Cette expérience n’a duré que quelques mois.

Le marché ne semble pas être un franc succès, puisqu’un appel aux habitants, dans le dernier bulletin municipal, leur demande de le fréquenter plus souvent.

La passé ne plaide pas pour la réouverture d’un tel commerce.

En tant que qu’ancien commerçant, je connais les défis qui s’adressent à ceux qui se lancent dans l’aventure et malheureusement ces défis sont de plus en plus grands à cause d’une fiscalité durcie, de normes plus nombreuses, de réglementations étouffantes, d’autorisations multiples à obtenir auprès des administrations souvent très lentes, de piles de documents décourageantes à remplir …et d’un temps de travail qui ne peut pas se contenter de 35 heures hebdomadaires. Le RSI est aussi une épée de Damoclès qui a déjà acculé à la faillite de nombreux petits commerçants. L’environnement pour la création d’un commerce de proximité est donc assez négatif.

Le commerce ne se décrète pas, sa  vie et sa survie dépendent des lois du marché. La décision de s’implanter sur tel ou tel territoire doit être mûrement étudiée et répond à des arbitrages précis.

  • Etude de marché

Une étude de marché est un exercice difficile qui ne se résout pas par un micro-trottoir. (Voir note 1 ci dessous).

La plupart des nouveaux commerces alimentaires sont des franchises. il serait intéressant de connaître l’opinion de sociétés comme Carrefour Market ou Petit Casino sur ce projet d’implantation, avant toute décision d’investissement.

  • Emplacement

Dans les manuels de création d’entreprises, il apparaît toujours le même judicieux conseil : pour créer un commerce, le point le plus important est l’emplacement, le second point est l’emplacement et le troisième l’emplacement.

Dans le cas d’une épicerie en centre village, la zone de chalandise (lieu où résident les clients potentiels) comprend seulement le centre village et les quartiers proches. La plupart des habitants des quartiers périphériques de l’Aubressin, de la Balme et du Vieux Vaugris sont probablement hors de la zone de chalandise. Les parents des jeunes enfants ne viennent plus au centre village depuis que le ramassage scolaire existe.

Le centre de Reventin n’est pas un lieu de passage, il n’est sur aucun itinéraire de transit, les habitants des villages voisins n’ont aucune raison de venir à Reventin, ils ont leur propres commerces.

La zone de chalandise est réduite sans possibilité de progression.

  • Quel commerce ?

J’ai entendu parler d’épicerie, de point multi-services, de produits frais locaux. Dans tous les cas, je ne crois pas à la rentabilité de ce commerce. Les études estiment hasardeux de créer un commerce type épicerie dans un village de moins de 4000 habitants.

Les commerces de proximité ont des difficultés, et en particulier les épiceries et les multi-services. En 2012, on a enregistré un nombre record de faillites dans cette activité (Note 2 ci dessous).

  • Concurrence

La présence à trois minutes du village du super marché « Leader Price » qui propose une gamme de produits assez large à des prix très concurrentiels me paraît-être un gros obstacle à l’installation d’un petit commerce de proximité. Il faut compter aussi avec l’Intermarché de Roussillon, le Monoprix de Vienne, le Drive Leclerc de Reventin, le Leclerc de Vienne et même le Géant Casino de Chasse.

Toutes ses grandes surfaces sont sur le trajet des gens qui travaillent, elles leur permettent de gagner du temps, en concentrant tous les achats en un même lieu.

  • Compléments d’activité, environnement.

Beaucoup de commerces de détail subsistent en proposant des compléments de services tels que Tabac, Française des Jeux, dépôt de pain, bar, bouteilles de gaz. Hors, ces activités existent déjà sur le territoire de la commune, il n’y a pas de possibilité de progression de ce coté.

La proximité d’autres commerces est un atout, comme la pharmacie, La Poste mais ce n’est pas le cas à Reventin.

La réponse que j’ai entendue maintes fois est l’exemple des Côtes d’Arey. La grande différence c’est que le centre commerçant est ancien, que les gens y  ont leurs habitudes. Les commerces sont très groupés au centre village avec deux locomotives : la pharmacie et la boulangerie. Je n’ai pas d’informations particulières, mais les commerces des Côtes d’Arey sont-ils en bonne santé ? Dans ce domaine il ne faut pas se fier aux apparences, un commerçant, surtout s’il souhaite transmettre son commerce n’avouera jamais qu’il a des difficultés.

Il est beaucoup plus difficile de créer un commerce à partir de rien, que de prendre la suite d’un commerce existant.

  • Investissement

Si j’écris ce billet, c’est que l’argent public est engagé dans cet aventure. Le terrain appartient à la commune, et le bâtiment sera vraisemblablement construit par un office de HLM avec garanties communales.

La gestion d’un petit commerce demande du temps des sacrifices, des stocks, des bâtiments suffisants et des matériels spécifiques. Si des aides conséquentes et des subventions sont engagées, ce que je n’approuve pas car cela fera de ces exploitants des obligés de la municipalité, ce commerce aura des difficultés à être rentable.

Un commerce doit vivre de son activité propre et non des aides. Les aides à répétition pour le tenir en vie en feraient un magasin municipal et à ce niveau là cela s’appelle du socialisme rampant. Les clients seraient pénalisés car ils sont aussi des contribuables et ils paieraient à la fois le prix du produit et le prix de la subvention plus ou moins visible, cachée dans leurs impôts. Une municipalité, pas plus que l’État, n’a d’argent, c’est toujours celui du contribuable.

Malgré les aides, la viabilité de ce commerce n’est pas assurée parce qu’il ne pourra jamais proposer un choix suffisant à des prix attractifs et les Reventinois le fréquenteront surtout en cas d’oubli d’un produit, après des courses faites ailleurs et ils auront vite fait de comparer les prix et choisiront le meilleur pour leur porte-monnaie. Un commerce ne vit pas en servant de bouche-trou.

Si ce projet abouti et comme il est probable qu’il ne marche pas, que ferons nous ? Baisser le loyer pour qu’il continue à végéter? Donner des subventions ? En faire une magasin d’Etat ?

  • Personnel

Un tel magasin ne peut fonctionner qu’avec un couple, il faut compter une moyenne de 66 heures de travail par semaine et un minimum de vacances.

Vu ce que j’ai écrit ci-dessus, il est peu probable que les candidats se bousculent pour un tel travail, d’autant que les incertitudes juridiques et fiscales s’accumulent. Peu de gens voudront mettre leur famille en difficulté et tout perdre dans une entreprise aussi risquée.

Les médias ne parlent jamais du RSI (Sécurité sociale des commerçants) qui est un foutoir incroyable, son mauvais fonctionnement a entraîné nombre de faillites et de suicides. Dans cet environnement hostile il faut prendre en compte les dernières décisions gouvernementales qui ajoutent, par exemple, l’obligation d’avoir une caisse enregistreuse agréée (frais supplémentaires) et autres tracasseries qui alourdissent les coûts, réduisent les marges, annihilent la liberté d’entreprendre et suppriment toute visibilité sur l’avenir.

NB : pendant la rédaction de cet article, le gouvernement promet de surtaxer les CDD, une charge de plus.

Il me semble que c’est faire prendre un gros risque à une famille que de l’attirer dans cette aventure si, c’est pour constater, quelques mois plus tard, qu’elle ne peut pas vivre du fruit de son travail.

  • La question fondamentale est : un commerce pourquoi faire ?

Pour se procurer les produits oubliés au super-marché ? Un commerce ne peut pas vivre de cette façon.

Pour acheter des produits alimentaires, avec des prix statistiquement 30% plus chers qu’au Leader Price ? Aucun intérêt.

Se procurer des produits à une heure tardive ? Leader Price ferme à 19 heures 30, les autres à 20 heures.

Se procurer des produis locaux ou/et bio ? Les super-marchés en vendent aussi, sans oublier le projet de produits de la ferme de Chonas qui sera une forte concurrence.

Je ne vois pas un d’intérêt à ce projet.

 

NB : je n’ai aucune participation personnelle dans la société Leader Price ou toute autre commerce.


Pour en savoir plus :

1/ http://www.contrepoints.org/2015/07/27/215665-les-clients-tuent-les-commerces-de-proximite

2/ http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/01/16/20002-20140116ARTFIG00481-la-france-n-a-jamais-autant-ferme-de-commerces-qu-en-2013.php

 

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Auteur : Daniel

Sur ce site, je vais publier mes réflexions sur la vie locale, nationale et plus, en fonction de l'actualité.

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